Comment gérer l’incarcération d’un proche.

Voilà un billet inattendu et totalement imprévu, comme quoi on ne sait jamais ce que la vie peut nous réserver. J’avais prévu tout un tas de nouveauté pour ce mois ci, mais me voilà couper dans mon élan. La semaine dernière je reçois un message vocal me disant de rappeler de toute urgence, ce que je fis tout de suite. Pensant à un potentiel employeur, mon entrain fût bien vite stopper.

Mademoiselle ******** ?
Maître ******* à l’appareil, je vous contacte pour vous informez que votre frère Monsieur **** ****** a été incarcéré hier matin à la prison de Toulouse Seysses. 

Et merde, à ce moment là, je me suis sentie d’une impuissance sans nom. Mon petit frère, mon bébé, incarcéré. Comment ? Pourquoi ? Combien de temps ? Tant de questions et si peu de réponses. La conversation finie je n’avais qu’une seule information, le reste tient du « secret professionnel ». Et une semaine plus tard, je n’en sais toujours pas plus je suis toujours là, avec ma piètre information.

TROIS MOIS. Autrement dit une éternité.

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Certes, trois mois ça passe vite me direz vous. Mais je n’ai rien à faire que trois mois passent vite, non ça ne passe pas vite. Je compte les jours et mes jours s’éternisent. Je ne vais pas voir mon petit frère pendant trois mois, ma seule et unique famille sera absente et enfermée dans sa solitude durant trois mois.

Fin de l’appel, me voilà face à ma triste réalité : mon frère a fait une connerie certes, mais je n’ai aucune envie qu’il paie. Je n’ai pas envie qu’il soit mélangé à des fous, des psychopathes, des violeurs, des tueurs, pour sans doutes un mini délit. Jeudi 1er septembre, j’entre dans la case des familles qui subissent l’incarcération d’un proche. Un cauchemar insoupçonnable me tends les bras. Des peurs désespérées et infondées commencent à me prendre le peu d’espoir qu’il me reste.

Depuis la mort de notre mère, et de part la nullité de nos pères respectifs, nous sommes lui et moi, notre seule famille. Et ce, depuis 2006. 10 ans que je veille comme je peux sur lui, 10 ans qu’il est devenu tout pour moi. Ces 10 dernières années, n’ont jamais été simples pour lui, je ne rentrerai pas dans les détails, mais ce que je sais c’est que depuis un an, il avait trouvé une stabilité quasi parfaite, et voilà que sa stabilité part en fumée. Et aujourd’hui, je suis dans l’incapacité de veiller sur lui. Bien que du haut de ces 20 ans il puisse se défendre seul, moi sa grande sœur, je ne peux m’empêcher de le voir comme le petit enfant fragile qui a perdu sa maman si jeune, comme ce petit enfant perdu au moment où on lui a annoncé « Maman est partie, elle est au ciel maintenant. » ou comme ce petit garçon joyeux et pétillant de vie quand nous étions enfants et que notre vie coulait encore de source.

Aujourd’hui ce petit bout se retrouve là ou il n’a absolument pas sa place, tant il brille par son intelligence. Ce petit bout de 20 ans qui n’est d’ailleurs plus un petit bout.

Me voilà donc dans le couloir de l’attente, dans les méandres du questionnement permanent, de la peur et des fausses idées. Me voilà dans le cas de milliers de familles, de femmes, de sœur, de mères, d’épouses. J’attends et j’écris, et pendant au moins les trois premières semaines je ne peux faire que ça. Je n’ai droit a aucun appel, aucune visite, aucune explication. Je me retrouve dans une impuissance totale, et moi qui aime avoir le contrôle, je me retrouve perdue dans mon incertitude. Des milliers de questions me traversent l’esprit, outre le pourquoi du comment, j’ai surtout envie de savoir comment il se sent, comment il gère son incarcération, est-il avec des tarés ou juste avec des gens qui ont commis des petits délits comme lui ?

Mes proches essaient tant bien que mal de me rassurer, mon copain qui a des connaissances qui ont déjà connues la prison, m’explique que Seysses est en quelques sortes le « palace » des prisons françaises, il paraîtrait même que les prisonniers de la France entière demanderait leur transfert à Seysses. Il me dit que c’est comme un internat, mais sans sortis là-bas, que les détenus s’enjaillent presque devant leur TV et leur play en fumant des joins. Il me dit que mon frère ne sera pas avec les QHS (Quartier Haute Sécurité) et que par conséquent, il ne croisera ni tueurs, ni violeurs. Que la France est assez à cheval sur ça en comparaison avec les Etats-Unis où les petites peines sont mélangées avec les grosses peines et perpétuité. Cela me rassure, mais j’ai toujours des peurs, qui, pour le moment, ne me quittent pas.

En me recentrant sur le problème, je me dis que trois mois ce n’est pas la mort, je sais éperdument que cela aurait pu être bien pire. C’est mon instinct protecteur qui me fais surtout cogité jour et nuit. La première semaine et la pilule avalée, je retiens certaines choses qui m’ont aidées à ne pas perdre l’esprit et ne pas me laisser ronger par l’inquiétude.

Premièrement : écrire, car au début, c’est tout ce que l’on a.

Après l’annonce de l’avocat, ma seule solution pour contacter mon frère, c’était de lui écrire une lettre. Ce que je me suis empressée de faire. Les appels sont interdits au moins les trois premières semaines et qui plus est, ils sont payants, alors en attendant de pouvoir lui envoyer un mandat pour qu’il puisse m’appeler, j’écris. Une lettre, puis une autre, et encore une autre. Sur les premiers jours j’en ai écrit plusieurs pour expliquer en direct ce qui se passe à l’extérieur pour que mon frère sache que son entourage se mobilise pour lui. Ce qui est toujours réconfortant pour le détenu, savoir qu’à l’extérieur des gens sont quand même là pour toi, c’est déjà un gros point positif qui doit déjà rendre tes journées moins pénibles. Par contre, n’oubliez pas de laisser des feuilles, des timbres (10 maximum) et des enveloppes pour votre proche, les stylos et autres crayons sont interdits, car sinon vous n’aurez jamais de réponse. J’ai donc envoyer un bloc notes, des timbres et des enveloppes pour qu’il puisse correspondre avec moi ainsi qu’avec ses amis et pour qu’il puisse faire quelques démarches administratives. Avec ça plusieurs lettres et petits mots de ses proches, et voilà déjà une bonne grosse enveloppe réconfortante à lire et à relire pendant ces trois loooooong mois.

Attention : Faites attention à ce que vous dites dans vos courriers, ils sont systématiquement lus et s’ils suspectent le moindre truc, le courrier sera confisqué. Donc pas de langages codés, ni sous entendus, ni même d’autres langues que le français (oui ça c’est très con).

Deuxièmement, être patient, trèèèèès patient.

Ô grand Dieu oui, soyez patient. Parce que les nouvelles tardent (à l’heure où j’écris je n’ai que très très peu de nouvelles de mon frère et je dois faire des pieds et des mains pour en avoir) et comme sa super avocate archi-nulle ne réponds jamais au téléphone, et qui en plus de ne pas répondre, ne rappelle jamais, je vous assure que ma patience est à rude épreuve. La prison de Seysses; je ne sais pas si c’est le cas des autres prisons; est apparemment surbooker comme Adriana Lima à la dernière fashion-week et en PLUS ils sont également en sous effectif. Donc niveau standard téléphonique, j’ai mis 4 jours avant de pouvoir avoir un conseiller au téléphone, pour finalement me dire ce que je savais déjà, c’est à dire pas grand chose à part que pour les visites et les mandats, ça allait me prendre un temps fou (au minimum trois semaines). De toutes façons si je m’impatiente au bout d’une semaine, je ne suis pas sortie de l’auberge. Alors j’attends patiemment, je scrute ma boite aux lettres comme un léopard guetterait un impala au milieu de la savane par temps de famine.

Troisièmement, ne surtout pas paniquer, ne surtout pas paniquer, ne surtout pas…

Paniquer. C’est à dire ce que j’ai fait non-stop jusqu’à… aujourd’hui. J’avoue que c’est facile de dire de ne pas paniquer, quand t’es la première à le faire. Mais c’est vrai, il ne faut pas. Au début j’oscillais entre larmes et questionnement, puis entre questionnement et peurs, pour au final, en arriver aux larmes et.. Ah oui, la peur. Autrement dit ces derniers jours mon pauvre chéri s’est tour à tour transformer en super-kleenex, puis super-doudou, puis super-kleenex, et doudou et.. Bref. Il est présent et il est génial, ce que je savais déjà, mais maintenant je le sais encore plus. Ne connaissant rien à la prison outre ce que j’ai pu voir dans des séries telles qu’Oz, Prison Break, Wentworth, ou encore Orange is the New Black, ou encore Esprits Criminels, autrement dit que des bonnes vieilles prisons américaines remplies de violeurs et de gros psychopathes, ben en fait je n’en savais rien. Alors j’ai tout imaginer, le pire comme.. le pire ! Et comme c’est mon petit frère imaginer son ennui, sa solitude, ses regrets, voire sa souffrance, j’ai vraiment passé une semaine insupportable. Usée de mes pensées faussées dès les premières heures, j’ai cherché des renseignements sur les prisons françaises, et il faut dire que ça à l’air d’être un sujet assez tabou en France, peu de renseignements sont trouvables sur la toile,c’est aussi pour ça que je fais ce billet aujourd’hui, et quand tu te déplaces jusqu’à la prison, personne ne peut rien dire à part qu’ils sont soit disant tous mélangés, GÉNIAL ! Bref, je ne veux plus paniquer.

Quatrièmement, assurer son soutient sans faille à la personne détenue.

Oui car nous à l’extérieur on souffre c’est évident, mais nous, on est libres. Si on veut s’aérer l’esprit on le peut, si on veut être seul, on le peut, si on veut se faire une méga glace suivis de 10 paquets de gâteaux pour combler la tristesse devant une série, on le peut aussi. Alors le minimum c’est d’éprouver de l’empathie à l’égard de votre proche en prison, mais surtout et si on le peut, être présent. Que ce soit par lettres pour apporter soutient et réconfort ou pour envoyer un peu d’argent pour qu’il puisse s’acheter des produits de premières nécessités sur place, si on peut le faire, autant le faire. Expliquer également qu’on n’en veut pas à son proche, que les erreurs ça arrive à tous, qu’à sa sortie il/elle ne sera pas seul(e), prévoir des choses sympathiques à faire en sortant, voire accompagner la personne dans sa réinsertion, enfin tant de choses qui donneront beaucoup de courage à vos proches enfermés, ce qui n’est pas négligeable.

Cinquièmement, savoir garder le moral face aux professionnels de la justice, peu aimables.

Et je ne dis pas ça pour jeter la pierre, mais c’est vrai que cette semaine j’ai eu à faire à des sacrés c*ns. Je peux comprendre qu’ils soient surchargés, mais il y a un minimum. Entre l’avocate fantôme de mon frère, la meuf de l’accueil à la prison aussi aimable qu’une porte de prison (haha), le mec de l’autre accueil de la prison aussi aimable que la meuf qui ressemblait à la porte de prison, les gens glacials au téléphone ou ceux qui ne répondent carrément pas, le manque de renseignements, la sensation de les faire profondément chier.. Oui, vous aurez l’impression d’emmerder la Terre entière au début, et en plus de vos inquiétudes, c’est quelque chose qui peut s’avérer compliqué à gérer. Ces gens là ne changeront pas leur manières d’être pour votre minois blindés de larmes, non, non. Par moment ils vous donneront presque la sensation d’être complice de votre proche incarcéré, alors qu’ils savent que vous ne savez rien et que si vous êtes là justement, c’est pour savoir. Il vous faudra passer au delà de ça. Il vous faudra encore une fois, beaucoup de patience et de calme.

Sixièmement, ne tentez pas le diable pour le détenu, ça pourrait lui retomber dessus.

Attention, je ne dis pas qu’il faut le laisser dans sa merde, son manque ou autre, mais par exemple, ne tentez pas d’envoyer un téléphone, des cigarettes, ou autre contenu potentiellement interdit ou dangereux, car cela retombera automatiquement sur votre proche au risque de rallonger sa peine. Le mieux que l’on puisse faire, c’est d’écrire et envoyer de l’argent sous forme de mandat ou virement. Pas de colis de nourriture, produit d’hygiène, pas de cigarettes, pas de téléphone, pas d’USB, mp3, magazines, rien. Les seuls colis autorisés sont pour Noël, et encore ils sont très réglementés. Heureusement pour moi, mon frère est censé sortir début décembre. J’espère que tout se passera bien jusque là.

Septièmement, restez quand même entouré.

La solitude peut s’avérer parfois thérapeutique, mais ne surmonter en aucun cas ce genre d’épreuve seul(e). Entourez-vous de vos proches, familles, amis, mais ne restez pas dans vos doutes et votre tristesse seul(e). Une journée pour réfléchir d’accord, mais tout le long de la peine de votre proche, non. N’oubliez pas que malgré toute votre empathie, vous n’avez pas à subir la solitude en plus de vos angoisses. N’oubliez pas que c’est tout de même la prison, même si vous ne cautionnez pas la sentence, vous ne pouvez rien faire que l’accepter, alors ne vous pourrissez pas vos jours et votre santé, ce n’est pas ce que votre proche incarcéré souhaiterez pour vous, et ça pourrait lui créer un stress supplémentaire qui au moindre problème pourrait l’éloigner un instant de sa bonne conduite et empirer la situation. Alors on garde la face, on s’entoure et on prend son mal en patience.

J’espère que ce billet rendra service à ceux qui comme moi, se retrouve dans une situation similaire ou pire, et qui en plus, peinent à trouver des renseignements. Merci pour votre lecture.

Mahaut

 

 

 

 

 

 

6 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Mélcastano dit :

    Personne n’ai à l’abri de rien incarcération,maladies… et quand cela nous tombe dessus on en reste abasourdie. Je te souhaite beaucoup de courage en tout cas et j’espère que tout ce passera bien pour ton frère.

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  2. Zen dit :

    Jme suis reconnu dans ton billet, si ton frère à pris 3 mois alors il sortira avant début decembre car il y a les remises de peine il me semble que pour 3 mois on retire 12jrs. Courage à ton frère et toi.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup, au final plus tard j’ai appris qu’il a pris 4 mois du coup la remise de peine fait qu’il sort début décembre, entre temps j’ai eu le temps de calmer mes angoisses et d’avoir des nouvelles. Merci beaucoup.

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  3. ellea40ans dit :

    tu as basculé dans un cauchemar. Je ne sais pas quoi te dire. Alors je te souhaite le bon courage d’usage bien sûr. Reste forte et garde espoir

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    1. En effet les choses sont un peu compliquées en ce moment. Mais je reste optimiste, merci beaucoup.

      Aimé par 1 personne

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