Combien de temps ?

Il y a des jours comme ça

Où j’ai mal.

J’ai mal de voir la tournure que prends le monde, mal de voir ce monde se diviser pour des raisons diverses et futiles. Mal de voir les hommes s’entre-tuer pour un morceau de terre, pour une religion, pour un point de vue, pour de la politique, pour des idéaux, pour un peu de gaz ou un peu de pétrole. J’ai mal à chaque fois que j’ouvre mon ordinateur pour flâner sur les réseaux sociaux, chaque matin machinalement, je me confronte à l’horreur, la guerre, la faim, la misère, l’injustice, les morts d’un côté  et les coups de gueules mal venus des bons Occidentaux que nous sommes, de l’autre. On se plaint, encore et toujours. Sans jamais vraiment s’écouter les uns les autres, c’est à celui qui se manifestera le plus, celui qui souffrira le plus, celui qui en connaîtra plus, en fait c’est toujours plus.

Dans cette société d’excès, déambulent à présent les pires horreurs, et ce, dans l’indifférence la plus totale. Les réseaux nous hypnotisent, ils nous surpassent, à peine le temps de réagir à une cause, qu’une nouvelle arrive et éclipse la précédente qui sombre dans l’oubli. Jusqu’à la prochaine histoire, jusqu’au prochain scoop, jusqu’au prochain buzz. Nous sommes devenus avides contre notre propre gré, avides d’histoires à raconter à la pause-café, avides de rebondissements, avides de jugements de l’autre sans même se préoccuper une seconde de ce que cet autre, peut ressentir. Et ce, encore et toujours. Le monde nous est ouvert mais on préfère les disques rayés, on préfère le sensationnel. Alors on s’indigne sur le dernier fait divers, scotcher à nos écrans, pendant 30 minutes, pendant deux jours pour les plus téméraires, et puis encore, on oublie.

Et puis d’un coup, le malheur tape chez nous, une nouvelle fois. Et maintenant on prie, on prie pour la France, oh oui, on prie alors qu’on n’a parfois jamais mis un pied dans une église ou même le nez dans une bible, mais on prie. On prie pour un monde meilleur, mais surtout, on prie sans y croire. Ensuite on prie pour les pays aussi développés que le nôtre, parce qu’ils nous comprennent, parce qu’ils nous ont soutenu, parce qu’ils sont comme nous. Mais quand ça se passe en dessous de l’équateur, les prières des réseaux deviennent muettes, inexistantes. Sans doute parce que ces pays ne nous ont pas soutenus le 5 janvier ou le 15 novembre, tiens. Mais comment soutenir un pays qui est la cause du malheur de son propre pays ?

 On prône notre humanité sans se rendre compte qu’elle nous file entre les doigts.

Alors on est là, à pleurer sur notre malheur, à s’indigner du non-soutien de certains pays, sans se demander pourquoi ils ne sont pas Charlie, pourquoi ils ne #Prayfor pas. On en arrive même à s’indigner des Français qui ne #Prayfor pas non plus. Comme si un hashtag valait les peines silencieuses. Comme si nos peines devaient être publiées sur nos réseaux pour être prises en considération, par ces autres, ces internautes, que nous ne connaissons pas, et que nous ne connaîtrons sans doutes jamais qu’à travers l’idée que l’on se fait d’eux et de ce qu’ils voudront bien nous montrer.

On prône le partage via les réseaux, mais on cède au voyeurisme. Toujours pour la sensation. On crie à la révolte, le cul posé sur notre canapé, on se sent investis, on se sent meilleurs, on se sent dans la masse. Mais à quelle heure on se bouge ?

On gobe gentiment tout ce que les médias nous donnent à grignoter. Assis derrière nos écrans à attendre l’info pour vaincre l’ennui, nous sommes semblables à des charognards. Et là, une info. Sans même prendre le temps de faire le tri dans les informations. On juge, on s’indigne ou on tolère et ensuite, on s’habitue. On s’habitue à la mort, partout, sur nos écrans. Ces mêmes écrans qui nous possèdent. On s’habitue à l’injustice, on tolère qu’un dealer ou un braqueur prennent 15 ans, et on oublie que certains sont des pédophiles assumés et en liberté. On tolère qu’on nous piétine en nous privant petit à petit de nos libertés, et on oublie que ces mêmes personnes qui nous privent, bombardent gentiment des pays pour leurs ressources. On tolère le gaspillage, la surconsommation, mais on fait les indigner devant le tiers monde. On tolère l’horreur. On la tolère chaque jour. On tolère que ceux qui se battent pour nous ouvrir les yeux croupissent à l’ombre à la place des vrais coupables. On tolère la montée en flèche du racisme, on tolère de se faire enculer. On tolère de chier dans l’eau potable quand certains crèvent de soif. On tolère notre perte, on tolère nos guerres. On tolère de manger de la merde, on tolère les maladies que ça nous provoque. On tolère la misère, les gosses qui vivent dans des cimetières. Et puis, on pointe du doigt, on cherche un coupable, mais les coupables c’est nous-mêmes et notre tolérance de l’horreur. On préfère notre nombril, notre paraître, nos causes où on s’investit sans plus et qui nous confortent dans le fait que nous sommes des gens bons, ou des jambons ? Et puis toutes ces causes, on les collectionne, plus il y en a, meilleur tu seras. Et quand je m’indigne de ce monde, on me répond « Patience » pour les meilleurs, avec véhémence pour les pires. On me dit souvent « Mais on ne peut pas pleurer toute la misère du monde tu sais, sinon on a plus de vies nous. ».  Oh oui, je comprends dans ce cas tu as raison c’est évident. Et on se divise, encore et encore.

Bien sûr qu’on ne peut pas pleurer toute la misère du monde, mais on peut la dénoncer. On peut arrêter de la tolérer. On peut dire « Je ne veux plus voir ça et je veux que ça change vraiment et à partir d’aujourd’hui je vais m’en donner les moyens. ». On se doit de faire en sorte que ça change, ne serait-ce que par amour pour nos proches, nos gosses, quel monde va-t-on leur laissé si on ne fait rien maintenant ? Quelles valeurs allons-nous bien pouvoir leur transmettre si les choses persistent à se dégrader comme ça. Pour l’amour de la vie, pour la chance qu’on a d’être né dans le bon pays, on se doit d’être meilleurs encore que la moyenne, parce qu’on en a les moyens, parce qu’il est un peu temps de prendre conscience que nous Occidentaux, nous sommes un peu du bon côté du fossé, on est un peu les « VIP » de la planète alors qu’on n’a pas spécialement le mérite. Il est temps de reconnaître que non, on ne porte pas la misère du monde sur nos épaules, que les dettes, l’abandon, galères de loyers et factures, les ruptures, les divorces des parents, la Saint Valentin raté, l’Euro perdu, le décès du poisson rouge, la voiture cassée, le dernier iPhone qui plante, etc Et bien ce n’est pas si grave. Je caricature un peu mais certains devraient se regarder parfois. Il est temps de réagir, nous sommes les pourris gâtés du monde. Je ne dis pas qu’il faut fermer sa gueule sur ses différents soucis, mais qu’il faudrait stopper notre vilain nombrilisme inconscient et commencer à réfléchir sur comment changer les choses. Moi la première j’aime mon confort, mon appartement, profiter de la vie, et j’en passe. Mais cela fait bien trop longtemps que la tournure de ce monde me donne envie d’hurler, de dire « STOP ». Mais dire stop ne suffit plus, un hashtag ou un statut ne suffisent plus, un article de blog ne suffit plus, prier sans croire ne suffit plus. Tout comme notre surconsommation, notre toujours plus, toujours mieux, aujourd’hui il nous faut plus pour changer les choses. Mais quand est-ce que nous serons prêts pour les changer ?

Combien de temps ? Combien de temps encore, vais-je être assise là, à regarder le monde s’effriter sous notre inconscience collective ? Combien de temps, vais-je rester calme avec ce trou qui s’agrandit dans mon cœur ? Combien de temps vais je encore attendre un soulèvement, une révolte non pas avec des crayons mais avec nos couleurs, nos différences, tous ensemble, sans distinction, main dans la main ? Combien de temps vais je espérais une unité non pas nationale, mais mondiale ? Verrai je de mon vivant les riches donner tout ce qu’ils ont au nom de l’humanité, au nom de l’unité ? Pourrai-je sentir un jour la satisfaction de voir un monde meilleur, autre que dans un blockbuster que j’aurai payé pour voir ? Comprendrons nous un jour que la Terre souffre de notre individualisme ? Est-ce que je verrai la fin de la faim ? Et ferons nous le nécessaire avant qu’il ne soit trop tard ?

Je crois que j’ai le cœur qui va imploser, mais dans combien de temps ?

 

Mahaut

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Bien d’accord avec toi… C’est pourtant triste à dire…

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